L’expertise, l’authentification ainsi que la rédaction des ouvrages et des catalogues raisonnés de Rik Wouters sont au cœur du travail d’Olivier Bertrand. Trois décennies d’étude directe de l’œuvre — peintures, œuvres sur papier et sculptures — fondent chacun de ses avis.
Il examine et certifie les œuvres, recherche leur provenance, conseille collectionneurs, marchands et institutions, et établit les catalogues de référence dans lesquels l’œuvre de l’artiste est répertorié.
Né à Malines en 1882, fils d’un ébéniste spécialisé dans les meubles dits « à gueule de lion » — un artisanat qui faisait la renommée de la ville —, Rik Wouters grandit dans l’atelier paternel, où il s’initie très tôt au travail du bois et à la sculpture.
La rencontre décisive de sa vie est celle de Nel (Hélène Duerinckx), qu’il épouse en 1905 : elle devient son modèle quasi exclusif et l’inspiration constante de son œuvre, en peinture comme en sculpture.
Le couple connaît d’abord des années de grande misère — vivant un temps chez le père de l’artiste à Malines, puis dans un logement misérable à Saint-Josse-ten-Noode — avant de s’installer en 1907 à Watermael-Boitsfort, à l’orée de la forêt de Soignes, pour soigner la tuberculose de Nel. C’est là, dans la pauvreté mais aussi dans une forme de bonheur sensuel, que Wouters réalise l’essentiel de son œuvre.
Sa formation à Malines reste modeste : des cours de dessin à l’académie, complétés par des leçons particulières auprès de Théo Blickx. C’est à Bruxelles que sa formation académique prend un tour plus rigoureux, sous l’enseignement de Charles Van der Stappen, qui l’oriente pendant plusieurs années vers la seule sculpture — au détriment, pour un temps, de la peinture.
C’est en autodidacte qu’il fait ses premiers pas de peintre, stimulé par les rencontres faites à l’académie et par la fréquentation des musées et des expositions.
Le rôle du peintre français Simon Lévy est décisif dans cette évolution. Artiste très cultivé, Lévy ouvre les yeux de Wouters sur les impressionnistes français, et au-delà sur Van Gogh et Cézanne.
L’évolution est saisissante : entre ses premiers essais encore hésitants de 1904–1905 et les premières œuvres magistrales de 1908, fortement marquées par l’influence d’Ensor, trois ou quatre années à peine séparent le débutant du peintre déjà singulier.
La guerre bouleverse alors tout : mobilisé en août 1914, Wouters est interné durant l’automne et l’hiver 1914–1915 dans les camps de Zeist et d’Amersfoort, aux Pays-Bas. Il n’est pas blessé à proprement parler, mais mutilé par plusieurs opérations successives à la mâchoire.
Il s’installe ensuite à Amsterdam, dans un appartement mis à sa disposition par des amis néerlandais. Libéré des camps, il y peint Après-midi à Amsterdam, une toile lumineuse à l’image de ce nouveau souffle, aux côtés de son poignant autoportrait au bandeau, qui témoigne au contraire de la maladie qui le ronge.