OLIVIER BERTRAND · EXPERT DE RIK WOUTERS
1908 — 1914

Œuvres

Une œuvre
concentrée dans le temps
L’essentiel de la production picturale de Rik Wouters se concentre sur une période remarquablement courte : de 1907 à 1915. En neuf ans, l’artiste réalise l’ensemble des tableaux sur lesquels repose sa réputation, avant que la guerre n’interrompe brutalement son parcours.
Interior of the Wouters' Amsterdam apartment hung with paintings and plaster busts
L’appartement de Rik et Nel Wouters à Amsterdam, 1915. Toiles et plâtres accrochés côte à côte.
Le Paradou: a red-haired nude reclining in a hammock in a sunlit garden, in a pale wooden frame
Le Paradou, 1905–1906. Huile sur toile
1905 — 1906

Le Paradou : la naissance du fauvisme belge

Le Paradou, peint par Rik Wouters en 1905–1906, est considéré comme le premier tableau d’un artiste belge appartenant au fauvisme. Peinte en couleurs pures, cette petite toile est presque exactement contemporaine de la naissance du fauvisme français, apparu à l’été 1905 lorsque Matisse et Derain travaillaient ensemble à Collioure.

ENSOR ET CÉZANNE

La rencontre décisive : Simon Lévy et la découverte de Cézanne

Si l’influence d’Ensor se fait sentir très tôt dans la peinture de Wouters — c’est avant tout le coloriste qu’il admirait chez Ensor —, c’est un autre peintre, moins connu, qui lui apporte une révélation plus décisive encore. Simon Lévy, artiste français originaire de Strasbourg venu à Anvers étudier les maîtres anciens, fait découvrir Cézanne à Wouters. Lévy lui en parle longuement et lui prête des livres illustrés de photographies en noir et blanc — c’est ainsi, par ouï-dire et par l’image imprimée, que Wouters se familiarise avec une œuvre qu’il ne verra réellement qu’à la fin d’avril 1912, lors d’un séjour à Paris.

La relation entre les deux hommes se prolonge par une correspondance suivie, rédigée pour l’essentiel en français — un choix qui peut surprendre chez cet artiste flamand, mais qui traduit l’importance qu’il accordait à ces échanges avec Lévy, resté installé à Paris. Ces lettres sont aujourd’hui une source essentielle pour comprendre les aspirations les plus profondes de Wouters.

Sans cette amitié et cette transmission, on peut affirmer que Wouters ne serait peut-être jamais devenu le peintre immense que nous connaissons aujourd’hui.
UNE SÉLECTION

Œuvres choisies

Close portrait of a man with dark hair and a moustache
PEINTURE · 1902
Kobe de Malines
Musées royaux des Beaux-Arts de Belgique. Don d’Olivier Bertrand
Le Paradou: a red-haired nude reclining in a hammock in a sunlit garden, in a pale wooden frame
PEINTURE · 1905 — 1906
Le Paradou
Considéré comme le premier tableau fauve belge. Huile sur toile
Still life of blue, red and clear bottles on a windowsill before a sunlit garden
PEINTURE · 1911
Coin de fenêtre sur jardin
Huile sur toile
Bronze sculpture of a dancing woman, one leg raised, with Olivier Bertrand standing beside it
SCULPTURE · 1912
La vierge folle
Bronze, fondu en janvier 1912. Olivier Bertrand en a mené la vente pour un prix record.
Portrait of a woman with a fringe and a yellow bead necklace against green foliage
PEINTURE · 1912
Reflets
Huile sur toile
Pastel portrait of a dark-haired woman in a striped blouse, her chin resting on her hand
PEINTURE · 1914
Femme au chemisier rayé
Pastel
Forest in orange and red autumn colours, with slender trunks and a red viaduct
PEINTURE · 1913
Le Ravin
Huile sur toile
A child in a blue garment seated before a table with flowers
PEINTURE · 1913
Le jeune garçon
Huile sur toile
Self-portrait of the artist seated in a pale shirt, wearing a black eye-patch, against a red background
PEINTURE · 1915
Autoportrait au bandeau noir
Huile sur toile · Musée royal des Beaux-Arts d’Anvers
1911 — 1916

Expositions et réception critique

1911
LA LIBRE ESTHÉTIQUE

Wouters continue durant ces années à exposer ses sculptures, toujours bien accueillies par la critique, avant de montrer ses peintures pour la première fois : c’est au printemps 1911, au salon de La Libre Esthétique, qu’il présente un portrait de Nel aux côtés de ses œuvres sculptées. Il travaille alors depuis plusieurs années à l’œuvre de sa vie, la grande sculpture La Vierge folle, achevée et fondue en bronze en janvier 1912.

1912
GALERIE GEORGES GIROUX

Sa présentation, en mars de la même année, à l’exposition inaugurale de la Galerie Georges Giroux, fait grand bruit. Le succès suit, pour ses sculptures comme pour ses peintures — dont Les Champignons et le Portrait de Nel —, au point que Giroux lui propose un contrat, une première entre un artiste et une galerie belge. L’aspect le plus important de ce contrat est l’accès de Wouters à un fournisseur de matériel. Le nombre de tableaux explose dès lors, pour atteindre son sommet en 1913 : en quelques années à peine, Wouters a pleinement assimilé l’art de ses deux maîtres, Ensor et Cézanne.

1912 — 1913
PARIS

Giroux lui prête son appartement parisien, et la découverte des œuvres de Cézanne et de Renoir le conforte dans la certitude d’être sur la bonne voie. Les chefs-d’œuvre s’accumulent : Les Fleurs d’anniversaire, Hommage à Cézanne, Reflets, L’Éducation, Les Rideaux rouges…

1914
BOITSFORT

1914 sera l’année de son installation dans une maison dotée d’un véritable atelier donnant sur l’étang de Boitsfort. S’ouvre alors un dernier ensemble de chefs-d’œuvre, témoignant d’une assimilation complète de Cézanne dans un langage entièrement personnel : Le Joueur de flûte, Femme devant le miroir, Fenêtre ouverte sur Boitsfort, Les Maçons…

Sa première exposition personnelle, en février 1914 à la galerie Giroux, est un triomphe — mais une joie de courte durée, car sa mobilisation suit dès août 1914. Wouters avait encore beaucoup à dire ; il aurait sans doute suivi une voie plus expressionniste. Nous ne le saurons jamais.

1915
RIJKSMUSEUM

Interné aux Pays-Bas puis installé à Amsterdam, où des amis du Rijksmuseum lui procurent un logement et un soutien matériel, Wouters connaît, malgré la maladie et l’exil, un dernier couronnement de sa reconnaissance : à l’automne 1915, le cabinet des estampes du Rijksmuseum expose une série de ses œuvres sur papier — sa toute première exposition dans un musée.

1916
STEDELIJK MUSEUM

Quelques mois plus tard, au début de 1916, le Stedelijk Museum lui consacre une importante rétrospective réunissant peintures, sculptures et dessins. Wouters, déjà très affaibli, visite l’exposition quelques jours seulement avant son hospitalisation le 5 avril 1916 — une émotion si intense qu’il doit rentrer chez lui en taxi. Il meurt à Amsterdam le 11 juillet 1916.

Son œuvre n’en est pas moins accompli, fondé sur des influences solides, un travail acharné et un grand don de coloriste. Sa sensibilité en était la signature.